Politique. Tout comprendre aux accusations qui touchent le cabinet McKinsey

Habitué à la discrétion, McKinsey met l’exécutif dans l’embarras depuis la publication jeudi d’un rapport sénatorial sur l’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques. Pourquoi ? Réponse dans cet article.

Qu’est-ce que McKinsey ?

McKinsey est un cabinet de conseil très réputé fondé aux Etats-Unis dans les années 1920. Il est présent dans une soixante de pays et génère des profits colossaux. Selon le magazine Forbes, ce cabinet parfois surnommé « La Firme » a engendré 10 milliards de dollars de chiffres d’affaires à travers le monde en 2019. Sa maison-mère est basée dans le Delaware, un état américain souvent décrit comme un paradis fiscal.

« La Firme » travaille aussi bien pour des grandes entreprises que pour des institutions publiques. En France, l’État y faisait déjà appel sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Selon une enquête du Monde, Emmanuel Macron entretient des liens ténus avec McKinsey depuis de longues années. Certains salariés du cabinet l’auraient ainsi aidé lors de sa campagne présidentielle de 2017.

Depuis, le gouvernement emploie régulièrement les services de McKinsey, via ses deux principales entités enregistrées en France : McKinsey & Company Inc. France et McKinsey & Company SAS. Le cabinet a été particulièrement sollicité pendant la crise sanitaire. Il a notamment participé à l’élaboration de la logistique de la compagne vaccinale.

Que lui reproche les sénateurs ?

Depuis plusieurs mois, une commission d’enquête du Sénat s’intéresse à l’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques. D’après le rapport qu’elle a rendu jeudi dernier, les dépenses de conseil des ministères ont bondi de 379,1 millions d’euros en 2018 à 893,9 millions d’euros en 2021. Un « phénomène tentaculaire » qu’elle appelle à mieux contrôler.

D’autant que les sénateurs ont découvert grâce à des documents réquisitionnés que le cabinet McKinsey n’a versé aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020, malgré un chiffre d’affaires sur le territoire national de 329 millions d’euros en 2020, « dont environ 5% dans le secteur public » (soit près de 17 millions d’euros). Les parlementaires accusent la société d’avoir pratiqué de « l’optimisation fiscale ».

Comment ? En produisant « systématiquement […] des résultats fiscaux déficitaires depuis dix ans », a expliqué jeudi le sénateur Arnaud Bazin (LR). Concrètement, la maison-mère aurait facturé des « prix de transfert » aux filiales françaises de sorte à ne pas payer d’impôts en France. « C’est prévu par les règles de l’OCDE, le tout est de savoir si c’est appliqué loyalement et validé ou pas par l’administration française », a résumé Arnaud Bazin.

Les sénateurs ont par ailleurs pointé du doigt des prestations facturées plusieurs centaines de milliers d’euros à l’État sans qu’elles n’aboutissent à quelque chose de concret. Selon franceinfo, un rapport de McKinsey sur le métier d’enseignant a ainsi coûté 496.000 euros aux contribuables et a seulement débouché sur une note de 200 pages, qui n’a jamais été exploitée. Autre exemple : selon Éliane Assassi, le cabinet a produit pour le gouvernement « un power point et un petit carnet de 50 pages » sur la réforme des retraites pour la coquette somme de… 950.000 euros.

Quelles ont été les réactions ?

Après la publication du rapport sénatorial, plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont sommé Emmanuel Macron de s’expliquer. « Comment pouvait-il ne pas le savoir ? Le Président sortant doit rendre des comptes », a ainsi exigé Valérie Pécresse (LR). Yannick Jadot (écologiste) a lui dénoncé « une dérive totale de la place des cabinets de conseil, y compris américains, qui sont au cœur des politiques publiques françaises », et les liens d’Emmanuel Macron avec « les lobbies ».

De son côté, McKinsey a assuré respecter « l’ensemble des règles fiscales et sociales françaises applicables » et dit avoir payé l’impôt sur les sociétés « les années où le cabinet a réalisé des bénéfices en France ». 

Quelles suites ?

Le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a assuré ce dimanche que « toutes les procédures sont déjà engagées par la direction générale des Finances publiques ». « Nous allons nous assurer que McKinsey paie les impôts qu’il doit à la France, comme toutes les entreprises », a-t-il déclaré au « Grand Jury » RTL/Le Figaro/LCI.

En attendant, l’exécutif fait toujours appel à « la Firme », et plus généralement aux cabinets de conseil privés. « Ce n’est pas un tabou. L’État n’est ni omniscient, ni omnipotent », estimait vendredi Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement.

Même son de cloche du côté de Bruno Le Maire : « Qu’on fasse appel à des spécialistes sur certains sujets, ça me paraît aussi un principe de bonne gestion ». Mais « s’il y a des dérives, qu’on estime que ces prestations vont trop loin, que le recours aux cabinets de conseil est excessif, nous recentrerons ces activités », a concédé Bruno Le Maire.

Jeudi déjà, Emmanuel Macron avait jugé « légitime » le recours aux cabinets privés, tout en insistant sur le contrôle et sur la transparence des appels d’offre. Lors de son audition par la commission d’enquête, la ministre de la Transformation et de la Fonction publique, Amélie de Montchalin, avait assuré qu’en 2022, les dépenses de conseil des ministères baisseront « d’au moins 15 % ». Un objectif jugé « peu ambitieux » par les sénateurs, qui demandent plus de transparence sur les prestations effectuées.

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