Covid-19. Deux ans après le premier confinement, il y a « très clairement une envie de reconversion » chez les soignants

Il y a deux ans, le 17 mars 2020, le premier confinement débutait. Les soignants faisaient face à un afflux de patients souffrant d’un nouveau virus en provenance de Chine : le Covid-19. Les hôpitaux se fermaient progressivement, les opérations non urgentes étaient déprogrammées, le personnel s’adaptait malgré un manque d’équipements de protection. Deux ans plus tard, le gouvernement a levé les dernières restrictions sanitaires : le pass vaccinal a été supprimé et le masque n’est plus exigé dans la plupart des lieux publics.

Si le monde revient progressivement à la normale, le personnel soignant reste éprouvé par ces deux années de pandémie, venues affaiblir encore plus un système de santé déjà fragilisé.  L’association Soins aux professionnels de la santé (SPS) vient en aide aux professionnels de santé en souffrance et agit en prévention pour leur mieux-être. Elle a ouvert début septembre une maison des soignants à Paris, destinée à accueillir les soignants en souffrance et les accompagner. Pauline Dubar, porte-parole de l’association, fait le point sur l’état moral des soignants deux ans après le début de la pandémie.

Dans quel état se trouvent les soignants après deux ans de pandémie ?

Avant le Covid, il y avait déjà une certaine accumulation : il y a notamment eu des grèves qui ont annoncé la couleur. Après c’était l’anxiété du virus et de l’inconnu. Aujourd’hui ce n’est plus de l’inconnu mais une lassitude d’une situation où on a du mal à voir la sortie définitive. Certes il y a eu un allègement des mesures mais il y a eu une légère recrudescence de cas ces derniers jours et certains soignants pensent qu’ils vont se reprendre une vague.

Il y a aussi eu un retour massif dans la prise en charge, dont l’activité ne se réduit pas avec la fin du Covid, elle s’intensifie. Les conditions de travail ne se sont pas améliorées et il y a moins de personnel qu’avant. 

Il y a une volonté de départ qui augmente. Sur les six derniers mois, il y a très clairement eu une envie de reconversion. Les soignants veulent toujours servir mais plus être dans les hôpitaux, donc c’est compliqué.

Tous les services tournent à flux tendu, il y a des problèmes de recrutement, des agents au bout du rouleau… Je suis très inquiète.

Quel impact peut avoir la fin des restrictions sanitaires ?

Il va y avoir beaucoup de travail pour les soignants car il y a eu des retards de prise en charge. Il y a deux ans dans les pattes, donc ça va être d’une lourdeur extrême avec des pathologies aggravées. Il y a une recrudescence de patients très graves, lourds à prendre en charge qui demandent plus d’énergie aux soignants. Ça ne va pas arranger les choses.

Il y a aussi le sentiment que le monde de la santé et les enjeux qui gravitent autour ne sont pas une priorité actuellement au vu de l’actualité internationale. On va arriver à quelque chose de dramatique.

Y-a-t-il eu un déclic au sein de la profession, plus consciente de son mal-être et de ses difficultés ?

Oui. Les médias ont mis en lumière la souffrance des soignants et ça a permis de lever un tabou. L’association existe depuis 2015 : on a reçu 16 000 appels en tout, et 12 000 rien que sur les deux dernières années. Les soignants se sont sentis légitimes pour partager leurs souffrances. Mais ça reste dur.

Début septembre, votre association a ouvert une maison des soignants. Quel bilan faites-vous six mois après l’ouverture ?

L’activité est plutôt bonne. Ce qui marche, ce sont les mesures d’accompagnement pour les soignants qui vont mal, avec la psychologue. Et aussi les ateliers de reconversion professionnelle, qui montrent une certaine tendance dans la profession. On a différents types de population au sein de la maison : des soignants en activité qui en ont ras-le-bol et aussi beaucoup de soignants non vaccinés qui se sont retrouvés du jour au lendemain en situation de précarité avec beaucoup de colère, d’incompréhension. On les réoriente vers des assistances sociales pour un retour à l’emploi rapide et un accompagnement psychologique.

Comment améliorer la situation des soignants ?

On apporte une pierre à l’édifice, mais ce n’est pas suffisant. Il faut une refonte profonde du monde de la santé à effectuer pour améliorer les conditions de travail. Il y a un besoin de recruter du personnel : c’est compliqué car les gens n’ont plus envie mais c’est la seule solution pour que les professionnels retrouvent du sens. Il faut comprendre qu’on a besoin de remettre des professionnels, de prendre soin des soignants avec un management bienveillant. Il faut redonner de l’humanité dans ce monde de la santé.

 

Les soignants en situation de mal-être peuvent joindre le numéro vert SPS, accessible 24h sur 24 et 7 jours sur 7 : 0 805 23 23 36

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