E(ye) motion, le risque gagnant de l’innovation au service des sportifs de Nicolas Marchais

Orthoptiste pendant plus de vingt ans à Rodez, basé aujourd’hui à Montpellier, le jeune quinquagénaire, chercheur et conférencier, a créé ce logiciel en 2016. Ce programme breveté, qui interview un franc succès à travers tout l’Hexagone, a pour but l’optimisation de la perception visuelle.

"Étant supporter, entre autres, de rugby, je me suis rendu au stade pour assister à un match. D’un coup, sur une action décisive (NDLR : fatale d’ailleurs à son équipe fétiche !), je suis passé de ma orientation de fan à celle d’orthoptiste. Je me suis dit "Non, ce n’est pas contingent !". Il y avait vraiment une problématique au niveau de la prise d’information visuelle et une mauvaise interprétation de la inventaire de jeu. C’était mon diagnostic de la façon dont évoluaient les rugbymen sur la pelouse. De là, m’est venue l’idée de travailler avec des sportifs sur l’optimisation de la perception visuelle. J’ai ainsi pu concilier mes deux passions et en vivre". Cette anecdote, Nicolas Marchais s’en souvient très bien, "comme si c’était hier". C’est ce jour-là qu’a mûri E(ye) proorientation, logiciel qui a vu le jour, officiellement, en septembre 2016 après cinq ans de recherche et développement.

Né à Paris, en 1971, d’un père originaire du Berry et d’une mère normande, capitale où il a passé uniquement… trois mois, il a beaucoup voyagé, avant de se poser à Clermont-Ferrand pour ses études (Terminale et faculté). C’est là qu’il a rencontré Jean-Luc Vidal, qui effectuait, dans le Puy-de-Dôme, son internat en ophtalmologie. "Il cherchait un orthoptiste et c’est tombé sur moi. Il m’a embarqué dans ses bagages pour créer un cabinet avec Denis Fau et Philippe Vitiello. C’est comme ça que je suis devenu ruthénois", se souvient Nicolas Marchais. Et, après plus de deux décennies de pratique, il s’est jeté à l’eau dans ce qu’il appelle "une folle aventure".

À mi-temps de 2017 à 2019, il a vendu son cabinet le 1er avril de cette année-là. La création d’E(ye) proorientation, c’est, selon ses propres termes, "l’aboutissement de plusieurs années de réflexion à travers mon travail au quotidien". Il détaille volontiers la genèse de ce "dispositif innovant" : "J’ai eu la chance d’accueillir, dans le cabinet, des malvoyants, de pouvoir rééduquer des enfants dyslexiques. Et, simultanément j’ai repris mes études afin d’accompagner ces patients, une start-up m’a proposé de créer des exercices pour digitaliser la rééducation sur internet". "Ce projet n’a pas abouti mais il n’est pas étranger à ma nouvelle vie", assure l’intéressé.

Il a, en effet, donné naissance, quelques mois après, à E(ye) proorientation, liant ainsi ses recherches au sport, dont il est un fidèle pratiquant (tennis, football, course à pied…). Le dispositif est composé de trois écrans devant l’ensemble du champ visuel à 180°, avec, pour but, d’optimiser la vision périphérique et centrale, mais aussi la capacité de mémorisation des informations visuelles. Le tout à travers des exercices ludiques.

Propulsé par le réseau aveyronnais

"C’est une gymnastique du cerveau", assure Nicolas Marchais, qui a troqué sa tenue d’orthoptiste pour celle de chef d’entreprise. Marié, depuis 2014, à une Castraise, il a suivi les battements de cœur, faisant, durant quelques années, la route entre Rodez et le midi du Tarn. Aimant le soleil et l’eau, la grande famille (ils ont chacun deux filles) s’est installée près de Montpellier. Mais, il n’a toutefois pas coupé les ponts avec son département d’adoption, où il revient ainsi très régulièrement et "où les amis continuent de compter". Il n’a pas oublié qu’il s’est d’abord beaucoup appuyé sur son réseau aveyronnais pour développer son innovation.

Car, si aujourd’hui, E(ye) proorientation est utilisé par de nombreux acteurs du sport de haut niveau (les footballeurs de Lyon et ceux
de Montpellier, l’équipe de France de handball championne olympique, la fédération française de tennis et surtout les jeunes du sentiment national d’entraînement (CNE), où intervient d’ailleurs, sur la partie physique, le Ruthénois Pierre Mazenq, des rugbymen,
des triathlètes, des golfeurs…), Nicolas Marchais a commencé par travailler avec des sportifs ruthénois dans son cabinet
à Rodez.

"Je voulais voir s’il y avait un intérêt à ce que je souhaitais proposer, rappelle-t-il. J’ai ensuite collaboré dans la recherche et le développement avec le Rodez Aveyron football et son entraîneur Laurent Peyrelade, ainsi qu’avec le pôle espoir du club d’escrime du maître d’armes Bruno Gares, avant son élection à la présidence de la fédération. Ils ont tout de suite été intéressés". En clair, il leur a tapé dans l’œil ! D’autant qu’il se nourrit des témoignages de tous les sportifs utilisateurs d’E(ye) proorientation pour faire évoluer son dispositif.

Parti "d’une feuille blanche" en Aveyron, voilà bientôt six ans, ce programme d’entraînement cognitif a séduit l’Occitanie, avant de prendre de l’envergure et semer dans tout le territoire. Le créateur ne cherche pas pour autant à en mettre plein la vue : "Je garde en mémoire les racines aveyronnaises du projet. Avec, en premier lieu, David Garlenc, mon associé, qui a financé cette initiative. Et puis, les sportifs d’ici, comme le Raf, utilisent toujours ce process. C’est important de se souvenir d’où on vient et d’où tout cela est parti, même si le réseau se développe au fur et à mesure".

Le chiffre d’affaires épouse également une courbe identique, multiplié par deux en trois ans. Il était ainsi de 160 000 euros l’an dernier et devrait atteindre 300 000 euros cette année. "Nous vivons une période charnière car nous aimerions toucher d’autres personnes que les sportifs. Nous travaillons déjà avec douze cabinets d’orthoptistes en France", conclut le concepteur.

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