Programme télé. Ce garçon et ces filles ont été victimes de  »revenge porn », ils racontent

 »Revenge porn », l’expression est désormais bien connue du public. La faute aux nombreuses affaires, de Benjamin Griveaux à Alisha, collégienne de 14 ans noyée à Argenteuil en mars 2021, où sont exposés, sans le consentement des principaux intéressés, des photos ou vidéos à caractère sexuel… La divulgation de clichés intimes se banalise. L’écrasante majorité des victimes sont trahies par un ancien partenaire après une rupture amoureuse, la diffusion de ces images devient une vengeance pour leur bourreau éconduit et une véritable descente aux enfers pour elles.

Les journalistes Emilie Grall et Marie-Christime Gambart sont allées à la rencontre de cinq victimes de  »pornodivulgation » aux profils variés. Avec leurs proches, elles partagent devant la caméra le récit de cette journée où tout a basculé…

Une rupture, une vengeance

Tout commence bien souvent avec un chantage : si tu me quittes, je diffuse tout. Que les photos et vidéos aient été pris avec le consentement ou non, elles servent de monnaie d’échange à une relation abusive. Ce fut le cas pour Sophia, 32 ans à l’époque. Lorsque la trentenaire comprend sur son compagnon est déjà en couple avec une autre femme, elle lui annonce son souhait de rompre avec lui. « Tu n’as pas le choix, tu peux pas partir. Tu vas voir, je vais diffuser tout ça », lui rétorque-t-il alors, partageant un premier cliché pour prouver qu’il est prêt à exécuter sa menace. L’engrenage est lancé : il ira jusqu’à se créer des faux profils au nom de Sophia sur le réseau social Facebook pour partager ses clichés intimes avec ses proches, une découverte qui ne se fait pas sans peine du côté de sa famille franco-algérienne. Plus de huit ans après les faits, Sophia retrouve encore des liens vers des sites pornographiques avec son identité et sa photo.

Pour Samira aussi, l’enfer commence après une rupture. Alors qu’elle cherche un lien entre le récent harcèlement téléphonique dont elle fait l’objet et son ex-compagnon, elle tape son nom dans le moteur de recherche Google. La découverte tombe comme un coup de massue : des dizaines de liens sur de sites pornographiques mentionnent son nom, sa ville, son arrondissement et ses supposées préférences sexuelles.

« Un cauchemar qui n’avait rien à voir avec ma vie »

Si les femmes représentent la très grande majorité des victimes, les hommes peuvent aussi être concernés. « J’en avais déjà entendu parlé mais je n’aurai jamais pensé que ça me serait arrivé », concède David, 31 ans.

Lorsqu’il décide de se séparer de son compagnon, celui-ci menace de partager une vidéo de leurs ébats prise à son insu à sa famille, dévoilant ainsi son homosexualité à ses parents. Son ancien amant exécute sa menace et diffuse même la vidéo sur plusieurs sites pornographiques où elle comptabilise plus de 300 000 vues sur les plus gros sites, 1 million au total.

David évoque « un cauchemar qui n’avait rien à voir avec [sa] vie », une « destruction intérieure », un « sentiment d’anxiété constant » et des symptômes dépressifs. Pour lui comme pour beaucoup de victimes de  »revenge porn », le traumatisme est bien présent.

Pour Sophia, le choc nerveux est tel que cela lui fait déclencher le syndrome de Guillain-Baré, une maladie auto-immune inflammatoire aiguë qui se manifeste par une faiblesse musculaire pouvant aller jusqu’à la paralysie.

Une lente reconstruction

Tous partagent les difficultés à avancer, tourner la page. La reconstruction passe aussi par le dépôt de plainte et les poursuites judiciaires à l’encontre de leur bourreau.

« J’ai compris que je n’arriverai pas à avancer s’il n’était pas puni, c’est impossible de passer à autre chose : cette histoire me rongeait. D’avoir porté plainte a clairement inversé le rapport de force, je veux que la honte et la peur changent de camp », conclut David.

Du côté de l’intime, le temps de l’apaisement prend aussi du temps. Comment refaire confiance à un partenaire après ce traumatisme ?

Sur la case  »Infrarouge », « Ennemi intime », un documentaire d’Emilie Grall et Marie-Christine Gambart, ce mercredi 30 avril à partir de 22h50 sur France 2.

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