Lucas Digne, éternel second choix chez les Bleus

À l’autre bout du fil, Rudi Garcia se remémore avec tendresse ses belles années lilloises et ce souvenir partagé avec Lucas Digne, le 17 août 2012 : « On a inauguré le stade Pierre-Mauroy avec Lucas, face à Nancy. À l’époque, il s’appelait encore le Grand-Stade. Quelques jours plus tard, Lucas y avait marqué son premier but avec le LOSC en tour préliminaire de la Ligue des champions. » Pour avoir lancé Lucas Digne dans le grand bain du football professionnel à 18 ans, Garcia connaît bien le garçon. 

Dix ans plus tard, Digne s’apprête à retrouver le stade Pierre-Mauroy avec l’équipe de France, pour un match amical face à l’Afrique du Sud mardi 29 mars. Lors de l’opposition hier à l’entraînement, il était titulaire et devrait débuter ce soir après n’avoir pas joué vendredi dernier à Marseille lors de la victoire contre la Côte d’Ivoire (2-1). « Ça va être un moment très important pour lui », assure Rudi Garcia, qui est toujours en contact avec son ancien protégé. 

La dernière fois que Digne a foulé la pelouse du stade Pierre-Mauroy, c’était en mai 2014, avec le Paris Saint-Germain. Celui qui joue désormais à Aston Villa, après son transfert d’Everton en janvier dernier, était bien sur la feuille de match lors du nul entre la France et la Suisse à l’Euro 2016 à Lille. Mais il avait assisté à l’ensemble de la rencontre depuis le banc. Cette fois, Digne aura la chance de jouer et de tenter de se démarquer de Théo Hernandez, désormais titulaire dans le 3-4-1-2 installé par Deschamps depuis septembre dernier.

Ce statut de doublure d’Hernandez résume bien le parcours de Digne chez les Bleus : s’il est le deuxième défenseur le plus expérimenté (43 sélections) de la liste actuelle derrière Raphaël Varane (84 sélections), le latéral gauche formé au LOSC n’a jamais été considéré comme un titulaire indiscutable chez les Bleus. Et ce depuis ses débuts au niveau international en 2014. Depuis septembre, c’est donc Théo Hernandez qui lui a grillé la politesse en s’accaparant le rôle de numéro 1.

Avant lui, c’était le frère, Lucas Hernandez mais également Ferland Mendy (7 sélections), Benjamin Mendy (10 sélections), Laywin Kurzawa (13 sélections) et même Benoît Trémoulinas (5 sélections) qui avaient remis en question la place de Digne en équipe de France. « Il n’a pas peur de la concurrence, il ne doute jamais », assure Rudi Garcia. Hormis Lucas Hernandez, aucun n’a en effet réussi à s’installer dans la durée comme Digne, qui n’a plus raté un rassemblement des Bleus depuis deux ans.

Lucas Digne lors de sa première sélection avec l’équipe de France, face aux Pays-Bas, le 5 mars 2014 (JEAN MARIE HERVIO / DPPI MEDIA)

C’était après la Coupe du monde, après sept mois passés sans jouer en équipe de France, sa plus longue disette depuis ses débuts en 2014. Un coup dur à l’époque, alors que ses coéquipiers remportaient le Mondial en Russie, qui en aurait découragé plus d’un. Pas Lucas Digne. « Ce qui lui a servi, c’est cette très grande force de caractère », souligne Jean-Michel Vandamme, directeur du centre de formation du LOSC, qui poursuit : « C’était le cas aussi quand il était plus jeune. On avait recruté son grand frère avant de le recruter lui, puis il est arrivé à 13 ans et s’est très vite affirmé. » Avant d’atteindre le très haut niveau avec Lille sous les ordres de Garcia.

« Ce qu’il a en plus, c’est ce mental et cette détermination sans faille, qui font qu’il est passé par des clubs prestigieux comme Barcelone », assure l’entraîneur, actuellement consultant pour Canal+. Garcia, qui a retrouvé Digne pendant plusieurs mois à Rome (2015-2016), souligne également la « fiabilité » du tricolore : « Il ne vous fera jamais un mauvais match. » Un mot qui ressort également dans la bouche de Jean-Michel Vandamme : « C’est un gage de fiabilité. Lucas, c’est une BMW ou une Mercedes, vous êtes rarement déçu. » 

Pourtant, depuis 2014, Digne n’a jamais enchaîné trois matchs comme titulaire en équipe de France. Signe qu’il reste, dans l’esprit de Deschamps, un second couteau. Une solution de remplacement en cas de pépin chez le titulaire du poste. Mais pour quelle raison : une trop grande discrétion chez les Bleus ? « Ce n’est pas un joueur introverti. Il est toujours prêt à déconner, dans le bon sens du terme. Il est surtout apprécié par tout le monde, le staff comme ses coéquipiers », juge Garcia.

211 – Depuis 2018/19, seul Trent Alexander-Arnold (267) a délivré plus de dernières passes avant un tir que Lucas Digne parmi les défenseurs de Premier League (211). Villans. pic.twitter.com/NyxndyfIGJ

— OptaJean (@OptaJean) January 13, 2022

Un 3-4-1-2 qui ne conviendrait pas à ses qualités ? « C’est un système qui est encore plus propice à ses qualités de formidable contre-attaquant », réfute Vandamme. Actuellement, c’est surtout son rival au poste de piston gauche, Théo Hernandez, qui annihile toute concurrence grâce à ses belles performances chez les Bleus depuis ses débuts en septembre dernier (5 sélections, 1 but et 4 passes décisives).

S’il est moins explosif en attaque que le cadet des frères Hernandez, Digne présente davantage de garanties défensives. À défaut d’être un indiscutable comme piston gauche, « Lucas est un titulaire du groupe. Il est toujours dans les rassemblements et les choix de Deschamps, c’est une vraie reconnaissance », affirme Garcia. À huit mois du début de la Coupe du monde, Digne aimerait tout de même instiller le doute dans la tête du sélectionneur.

Habitué à déjouer l’émergence de concurrents au poste de latéral gauche, Digne devra tout de même se méfier du retour en forme de Ferland Mendy, performant avec le Real Madrid. Mais en attendant, l’ancien lillois a des choses à prouver ce mardi, lors du match amical face à l’Afrique du Sud. Et quel meilleur lieu pour cela que le stade Pierre-Mauroy, dans lequel il s’est révélé au grand public ?

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