Disparition. En Corse, adieu amer à Yvan Colonna

À Cargèse, dans l’ouest de la Corse, des centaines de personnes sont venues dire adieu vendredi à Yvan Colonna, mortellement agressé à 61 ans, par un codétenu dans la prison où il purgeait sa peine pour l’assassinat du préfet Érignac en 1998.

Au plus fort de la journée, 2 000  à 3 000  personnes étaient massées devant l’église et dans les ruelles du village. Nombreux étaient ceux qui brandissaient des « banderas », le drapeau corse frappé de la tête de Maure. « Le drapeau français, vous n’allez pas le voir aujourd’hui », a lancé l’un d’eux : « Il est persona non grata ».

Arrivé peu après 14 heures depuis Ajaccio, le cercueil du défunt a d’abord fait un passage devant la maison familiale des Colonna, puis « devant le champ d’oliviers (qu’Yvan) avait dû abandonner un jour de mai 1999 », avant ses quatre ans de cavale, selon l’avis de décès.

S’est ensuite tenue une longue cérémonie religieuse, en présence de plusieurs personnalités de l’île : Gilles Simeoni, le président autonomiste du Conseil exécutif, Jean-Guy Talamoni, l’ex-président indépendantiste de l’assemblée de Corse, ou encore Charles Pieri, ex-leader présumé du Front de libération nationale de la Corse (FLNC), un mouvement qui a récemment menacé de reprendre la lutte armée.

Des « chants de guerre » près du caveau

Plusieurs centaines de personnes ont accompagné le cercueil, porté par six hommes, sur les quatre kilomètres menant au caveau « Famille Joseph Colonna 1905 », en pleine nature. Sur le chemin d’accès, la foule a entonné le Dio vi salvi Regina, l’hymne corse, puis des chants indépendantistes. Et si un homme, bouquet de violettes à la main, a regretté, d’un « vergogna » sonore [N.D.L.R. : « Honte à vous »], que « des chants de guerre (soient prononcés) devant un mort », la plupart ont par contre applaudi, répondant par des flots de « Viva Yvan ! ».

À Cargèse, Yvan Colonna est l’enfant du pays. Pas l’homme condamné par trois fois à la perpétuité pour l’exécution par balles du préfet Érignac, en février 1998 à Ajaccio. Un crime qu’il a toujours nié et dont beaucoup le croient innocent.

La colère de l’île

Détenu à Arles, dans le sud de la France, il avait été violemment agressé le 2 mars par un codétenu djihadiste condamné notamment pour association de malfaiteurs terroriste. Il est décédé lundi dans un hôpital de Marseille après presque trois semaines de coma. Ce drame, alors que le sexagénaire demandait depuis des années à purger sa peine en Corse, a soulevé une vague de colère sur l’île.

Beaucoup de Corses estiment qu’en ayant refusé cette demande, l’État a une part de responsabilité.

Des heurts violents entre manifestants et forces de l’ordre ont fait des dizaines de blessés. La mort de Colonna a aussi fait ressurgir la question de l’autonomie, évoquée par le gouvernement français, pour cette île-région de 340 000 habitants.

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